Covid19 – Philosophie d’une transition culturelle

Ce texte est le second extrait — légèrement corrigé — de ma contribution à l’appel de France stratégie pour penser un après soutenable. Un lien vers ma contribution entière est disponible en fin d’article.

Introduction

Les documents proposés par France  stratégie mettent en lumière l’évolution nécessaire du « mode de vie » occidental. Nous parlerons plutôt ici de « culture ». Le « mode de vie » étant, au niveau individuel, l’équivalent de l’habitus Bourdieusien, à savoir le processus d’intériorisation-extériorisation d’une structure culturelle pour en produire des pratiques, une façon propre de réagir à une situation particulière, empreinte de l’influence culturelle de l’individu.

Une situation sociale est un composé de nature et de culture. Si l’on peut apprendre à connaître la première, la seconde est une création purement humaine. C’est donc sur elle, que notre pouvoir d’agir est le plus grand.

Par ailleurs, la « culture » a un sens à toutes les échelles d’une société. Elle peut être abordée au niveau individuel, celui de la personne physique et de son histoire propre ; elle peut aussi être abordée au niveau national, celui de l’Etat en tant que personne moral. La Nation a son histoire, et sa culture définit sa manière de réagir aux situations, en démontre les différences de gestion de la crise sanitaire par les différents pays.

La première partie s’attachera à préciser les objectifs stratégiques extraits des supports documentaires. Ce sont ces objectifs qui doivent orienter toute mesure d’un plan de relance. Et, puisque toute transition culturelle doit être pensée aux différents niveaux d’une société, les chapitres suivant s’attacheront à chacun. Le second chapitre abordera la culture au niveau individuel, quels sont les droits et les libertés dont tout citoyen devrait disposer ? La troisième partie contiendra des propositions pour la Nation, quand la quatrième partie s’attachera à l’Europe. Enfin, nous terminerons par les risques et leviers potentiels de financement d’une telle transition culturelle, pour conclure sur une nouvelle question.

Objectifs stratégiques

Le présent chapitre vaut pour synthèse des documents proposés par France Stratégie. C’est une liste de paraphrases et de citations qui permettent de garder en tête les objectifs à poursuivre après la crise, illustrés à chaque fois, par une ou plusieurs pistes. Les chapitres qui suivent disposerons d’une référence aux objectifs qu’ils supportent.

[OS-BIO]  Intégrer le respect de la biodiversité et du climat à nos enjeux de production pour éviter les situations telles que les « goulots d’étranglement génétiques », i.e la réduction massive de la diversité au sein d’une espèce qui favorise la propagation d’un virus.

  • Changer nos modes de consommation et de production, notamment pour les produits carnés.
  • Faire entrer l’éthique terrienne, plus largement naturelle, dans le débat publique.

[OS-OTO] S’assurer que l’autonomie est possible en cas de crise, et si non, identifier quels sont les facteurs limitants, puis mitiger leurs risques.

  • Possibilité de maintenir un collectif à distance et un dialogue social dématérialisé. 

[OS-SOC] En finir avec la priorisation des enjeux économiques notamment quand ces derniers vont à l’encontre de la protection de la vie des personnes.

  • Comment articuler la relance économique aux objectifs de réduction des inégalités, et comment maintenir cette tendance sur le long terme.
  • Être capable de remettre en question un système que certaines franges de la population prouvent dysfonctionnel.

[OS-ECO] Réguler le marché, ou compenser ses dérégulations, en fonction de l’utilité sociale perçue d’un bien ou d’un service.

  • Définir les services dont le caractère intangible de la valeur produite justifie qu’ils soient placés en dehors des lois du marché. 
  • Réaffirmer la nécessité d’un financement pérenne de la recherche sur des domaines qu’on sait déterminants pour l’avenir même si non solvables à courts-termes. 
  • Réviser les grilles de classifications des conventions collectives pour fonder les rémunérations non plus sur les diplômes mais sur l’utilité sociale des métiers et les compétences sous-jacentes.
  • Les politiques industrielles et les politiques d’innovation doivent-elle être renforcées et peuvent-elle être davantage être orientées vers les besoins fondamentaux de la société (santé, environnement, souveraineté stratégique, etc.) ? Faut-il pour cela davantage soutenir l’innovation par la demande publique plutôt que par des subventions généralisées ? Cela peut-il être mieux coordonné à l’échelle communautaire ?

[OS-EURO] Résoudre les problèmes de collaboration rencontrés entre les nations, au moins au niveau Européen.

  • Redéfinir ou réaffirmer le rôle de l’Union Européenne pour qu’elle participe à la coordination de l’entraide entre Etats membres en temps de crise ou non.

[OS-ANT] Mieux comprendre le monde anthropocène pour avoir une meilleure gestion des risques, une gestions des risques qui pourraient ne pas reposer que sur les indicateurs chiffrés du moment.

  • « Le système-Terre dans son ensemble, [est] composé de réalités qui relèvent du social, du biologique et du physique, sans qu’on puisse les appréhender dans des catégories extérieures les unes aux autres. » 
  • Encourager les collaborations techniques entre disciplines différentes pour aborder les questions dans leur ensemble.
  • « l’articulation entre les formes de mobilisation de connaissances en temps de crise et leur consolidation en temps « normal » ; l’élargissement des savoirs scientifiques utilisés par l’action publique, notamment à ceux qui pourront revêtir une dimension stratégique pour l’avenir ; l’animation d’un dialogue sciences-société qui facilite, dans la durée, l’appropriation démocratique des controverses sociotechniques. »

Donner les moyens d’une transition culturelle à l’échelle individuelle.

[OS-OTO] [OS-BIO] [OS-ANT] [OS-SOC] [OS-EURO]

Un changement de culture implique nécessairement, pour ceux qui l’incarnent, de changer. Si on peut se fixer des objectifs, il faut s’en donner les moyens. Ce chapitre évoque donc quelques pistes, tirées de mon expérience personnelle de la crise pour tenter d’imaginer les perspectives de l’après-crise.

Donner à tous les individus les moyens de satisfaire leurs propres besoins primaires.

Il faut réapprendre à cuisiner, en en prenant le temps. Parce que les produits transformés par l’industrie sont mauvais pour la santé et parce que se faire livrer systématiquement n’est pas écologique. Enfin, tout bêtement parce qu’un individu lambda devrait être en mesure d’assurer ses propres besoins primaires, selon Maslow, si on souhaite qu’il puisse être autonome.

  • Intégrer la cuisine à l’éducation. Ca se fait déjà dans des écoles Montessori, mais s’il devient nécessaire que tous sachent faire, alors cette discipline devrait intégrer le domaine public. L’enseignement pourrait être multiculturel et il ne faudrait pas se restreindre à la seule cuisine française. Surtout que, si on veut des plats végétariens variés et facile à faire, il peut être plus malin de piocher dans d’autres gastronomies.
  • Mettre en place des cours de jardinage dans les mairies et à l’école, pour apprendre à faire pousser des légumes dans des environnements urbains. 

Développer la conscience écologique et plus largement éthique. Le marché des produits semblent doucement se soumettre à une demande de plus en plus éthique (le développement des labels bio, le nombre de baskets veja dans la rue, etc.), et on peut espérer une issue similaire pour les services, comme évoqué dans l’article concernant la transition numérique.

  • A nouveau, l’enseignement, peut-être via la nouvelle forme d’éducation civique évoquée dans les documents de référence, celle censée porter les enjeux de respect de l’environnement, pourrait intégrer l’apprentissage des différents labels ou des indicateurs d’origine contrôlée. Il y a fort à parier qu’un enseignement suffisamment ludique poussera les enfants à montrer à leurs parents ce qu’ils ont appris quand ils iront au supermarché. 

Favoriser les transports en commun ou les transports individuels verts.

Ca va se faire petit à petit, mais il faut encourager les municipalité des agglomération à disposer d’infrastructures dédiées. Il est tout de même révoltant de penser que l’urbanisation de nos villes a été pensée par General Motors pour promouvoir l’essor de leur industrie, et que les parking payants qui existent sont principalement pour les autos.

Proposer des présentations régulières des enjeux globaux par des experts.

Le service public dispose de plusieurs chaîne télé et radio. Il devrait en profiter pour régulièrement sensibiliser aux enjeux globaux, en faisant intervenir la figure de l’expert dans une émission qui vulgarisera son discours : « si on continue de consommer de la viande comme ça, on sera très probablement mort en 2050. Tenez, voilà une liste de lien pour apprendre des recettes végétarienne préparées par le chef de l’Elysée. » Ceci nécessite d’établir un diagnostic partagé, appuyé sur une grande diversité de disciplines, non financé par les lobbies de l’actuelle industries agro-alimentaire, ancré dans le vécu des citoyens, démocratiquement délibéré et appropriable par tous.

Enseigner la pensée critique et le naturalisme (au delà de l’humanisme)

La société occidentale et son modèle actuellement problématique s’est fondée sur la pensée des Lumières. Cette pensée humaniste a extrait l’homme de son environnement alors que la philosophie contemporaine l’y remet. Le cogito de Descartes met l’individu au centre du monde, « je pense donc je suis », le primat de la perception de Merleau Ponti le replace dans son contexte, « il y a ». Il est capital que la société entière prenne conscience de cette translation. L’humanisme est une grande pensée dont l’intérêt historique est indéniable. Il n’y aurait pas de primat de la perception sans cogito. Mais pour nos enjeux actuels, il serait préférable de diffuser une philosophie naturaliste qui ne fragmente pas. Et si on souhaite que le citoyen de demain soit en mesure de remettre en question un confort acquis, il doit développer un esprit critique vis-à-vis de son mode de vie et de celui de ses paires. C’est la philosophie même de HD. Thoreau, de « la désobéissance civile » à « Walden ». Il faut enseigner à la jeunesse une pensée qui respecte le monde qui l’entoure, une pensée culturellement diverse, mondiale, capable de critiquer le système en place (e.g Michel Foucault). Dans un monde qui s’accélère, il est capital d’ouvrir le citoyen de demain à la pensée d’aujourd’hui (Hartmut Rosa, Résonnance), même si elle est peut-être déjà d’hier.

Encourager le cyber-minimalisme

Il faut profiter du temps de développer une offre Européenne qui soit en accord avec nos enjeux de société pour sensibiliser aux enjeux de sécurité liés à l’utilisation du numérique. Le développement du numérique fut trop fulgurant dans la sphère public pour s’accompagner d’une sensibilisation adaptée aux risques induits. Peu de consommateurs considèrent leur données personnelles comme des attributs de leur personne physique (Rgpd) et les plateformes privées non Européenne en profitent pour capter ces dernières et orienter les opinions en fonction de leurs accords contractuels (Cambridge Analytica). Les initiations à l’informatique doivent absolument mettre l’accent sur les risques induits par le traitement des informations.

Il faudrait mettre en valeurs des personnes publics qui refusent ces nouveaux média de masses pour n’utiliser que des solutions européennes plus respectueuses de la vie privée. Cela évitera aussi que nos populations soient constamment soumises à ces nouveaux supports de publicité, toujours plus intrusifs et toujours plus intimes. L’offre européenne, comme nous le verrons dans le chapitre dédié, se développe. Il faut qu’elle continue et il faut qu’elle soit mise en lumière pour être vue. 

Engager un plan de réduction des violences ménagères.

Je ne sais pas comment. Je sais seulement qu’il n’est pas soutenable d’imaginer qu’on ne puisse pas avoir un lieu privé où on se sentirait en sécurité. Rapprochez-vous des mouvements anti-féminicide qui manifestaient avant la crise sanitaire, ou bien des associations d’aides aux sans-abris, je suis sûr qu’ils auront pleins d’idées. Ce sera l’objet du prochain chapitre.

La transition culturelle à l’échelle nationale.

Chercher l’innovation dans les résistances.

[OS-ANT] [OS-ECO] [OS-BIO] [OS-SOC]

Comme l’évoque Patrick Boucheron dans ses cours au collège de France (Fictions politiques, premier volet), le rôle de l’Etat est de guetter, depuis sa hauteur, des dangers qui menacent le peuple pour l’en prémunir. « La politique est l’objet des rapprochements et des éloignement. Elle est affaire d’optique et de point de vue. »

Or, la crise du Covid-19, comme les réalisations qu’elle induit, pourrait laisser à certaines associations ou organisations un arrière-goût de « je vous avais prévenus ». En effet, Extinction Rebellion se mobilise depuis plusieurs années pour que l’urgence climatique devienne un enjeu collectif, et les militants de l’agriculture biologique existent depuis au moins aussi longtemps que l’industrie agro-alimentaire. Quant aux régimes végétariens, on en connaît depuis les premières philosophies naturalistes (même Léonard de Vinci était végétarien). Mais les valeurs promues par ces courants semblaient alors moins prioritaires que la croissance économique, ou l’effort à fournir pour changer nos pratiques était alors trop grand.

L’un des enjeux qui apparaît à l’issue de cette crise revient à identifier les facteurs de mise en valeurs des micro-résistances au système car ce n’est que dans les marges que peut naître la disruption qui est si chère à l’innovation, quel qu’en soit le domaine.

Quand on aborde l’enjeu de faire évoluer notre culture pour intégrer ce que nos outils statistiques sont incapables de capter, la référence peut être les « Arts de faire » de Michel De Certeau. Ce livre est issue d’une étude libre, sur les problème de culture et de société, que confia le l’Etat français à Michel de Certeau en 1974. A une période où le gouvernement avait besoin de renouer avec le peuple, avec une jeunesse honteuse de la situation produite par les générations passées (donc toujours déjà actuel), l’Etat demanda à ce philosophe, théologien, historien et prêtre jésuite, de proposer des orientations. Il réunit une équipe d’étudiants pour l’assister dans une étude qu’ils montent de toute pièce et qui aboutira à ce texte. Comment le consommateur crée-t-il au sein d’un système qui voudrait en maîtriser les usages ? Quelles sont les modalités d’expression de l’individu au sein du cadre supposément imposé par la société ?  Pour étudier les pratiques qui échappent au système, le groupe d’étudiants menés par M. De Certeau s’est basé sur les récits de « gens ordinaires », que ce soit ceux des personnages de grands auteurs, ou ceux de contemporains de l’équipe, appartenant généralement à des associations ou des entités dont l’existence naît d’une résistance au système. Ces récits furent alors abordés en réponse à la sociologie de Bourdieu, à la psychanalyse Freud, à la philosophie de Foucault ou de Wittgenstein. L’étude pourrait donc être considérée comme une mise en réponse des pratiques du langage ou de l’espace, à des systèmes, des modèles de représentations, qui voudraient les maîtriser, au moins au sens de les connaître, savoir et pouvoir s’impliquant mutuellement.

Par nature, la disruption ou l’innovation ne se trouve pas dans la pensée commune, dans la statistique relevée par le système. Elle se terre dans ce qui semble échapper à ce dernier, dans des « cas particuliers ». Les perspectives d’évolution d’un système s’expriment donc dans ce qui lui résiste. Trop souvent le pouvoir en place a tendance à considérer l’opposition comme un frein, alors qu’à l’instar des analyses multi-domaines, l’opposition offre un nouveau point de vue. D’ailleurs, plusieurs des mesures à l’étude dans les documents de France Stratégie apparaissaient déjà dans les programmes de partis non élus, donc dans les opinions alors minoritaires : l’universalisation des aides sociales, l’urgence climatique, l’imposition des plus haut salaires, etc.

L’économie est l’oeuvre de calculs et la validité d’une théorie se vérifie par la méthode appropriée. Les sujets propres à la nature, qu’elle soit humaine ou environnementale, sont eux condamnés à une part de mystère auquel est censé répondre l’intuition et la recherche.

Toute question sociale ou écologique qui apparait dans le débat publique devrait être inscrite dans une forme de registre pour qu’on puisse en suivre le traitement. La réponse apportée ne devrait jamais, seulement, être « un manque de réalisme économique d’y prêter attention ».

Lorsqu’un mouvement émerge pour promouvoir la protection de la vie, on devrait lui offrir de l’intérêt et favoriser sa diffusion pour voir si elle se partage. S’il y avait plus de reportages sur Extinction Rebellion ou GreenPeace, pas sur leurs méthodes d’actions qui feront inévitablement débat. Il faut considérer avec beaucoup d’attention les raisons d’être de ces mouvements de résistance, que ce soit le sujet qu’ils défendent comme de la nécessité de créer une association (peut-être parce qu’aucun organisme officiel ne s’empare de la cause). On pourrait avoir un retour plus éclairé de l’opinion publique quant à l’importance de la cause défendue.

« l’enquête statistique ne « trouve » que de l’homogène. Elle reproduit le système auquel elle appartient. »

Michel de Certeau – L’invention du quotidien, arts de faire

Si vous voulez découvrir ce qui échappent sciemment ou non au système pour étudier la validité de ses remises en question, il vous faut infiltrer ses marges, non dans le buts de les maîtriser, mais dans l’optique d’étudier leur discours pour ouvrir l’esprit à la pensée qui n’est pas déjà celle de la masse que les chiffres rendent inerte. C’est dans les micro-résistances au systèmes que se cachent ses axes d’amélioration potentiels. 

Pour illustrer cette idée, et à l’instar de la méthode suivi par M. de Certeau, je vous propose un peu de littérature contemporaine : Dans le dernier roman de science fiction d’Alain Damasio, pour voir si la société civile a de l’avance sur les recherches de l’Etat, l’armée décide d’infiltrer les groupes en résistances avec le système : les anars’, les zadistes, les instituts de recherches, etc.

Favoriser les approches pluridisciplinaires pour réduire les biais.

[OS-ANT] [OS-ECO] [OS-BIO] [OS-SOC]

L’Union Européenne a publié, fin 2018, un premier guide de meilleures pratiques pour le développement d’intelligences artificielles dignes de confiance. C’est un document brillant à la lecture duquel la question se pose de savoir dans quelle mesure une intelligence collective est-elle artificielle, puisqu’artefact de l’être humain ?

En effet, parmi les critères nécessaires au développement d’une telle intelligence, on retrouve les quelques exigences suivantes : 

  • La nécessité d’ambitions éthiques, et pas seulement commerciales.
  • La nécessité de servir et de protéger l’intégrité morale et physique des êtres humains
  • Le développement de telles intelligences doit s’effectuer pour le bien commun comme individuel, pour le développement d’une société juste, inclusive et pacifique.
  • Eviter les polarisation idéologiques en assurant la représentation de tous les points de vue dans les processus de décision → Diversité des équipes (genre, âge, culture, choix de vie, profession, etc.)  
  • Éviter d’influencer les décision des paires par la contrainte ou la menace.

On retrouve peu ou prou l’une des préconisation que identifiée par France Stratégie pour comprendre le monde anthropocène : la pluralité des points de vues devrait fournir une meilleure appréhension d’un objet de pensée complexe.

C’est un principe déjà présent dans certaines institutions à travers l’histoires. Le Collège de France a justement la particularités de diversifier les approches par domaines sur un même sujet. Ce qui est probablement un de ses facteur d’unicité en France. Le Bayt al-Hikma (« Maison de la Sagesse ») de l’empire musulman du moyen-âge avait, lui, pour ambition le référencement et la traduction de toutes les connaissances des peuples conquis ou avec lesquels l’empire échangeait. Ainsi, la philosophie islamique ne devait pas être qu’une philosophie des musulmans, mais aussi celle d’autres religions, comme les chrétiens et les juifs.

Ce type d’institutions incarne la richesse du savoir par sa diversité et devrait servir de modèle pour le développement d’intelligences collectives éthiques. C’est ce principe qui doit orienter l’évolution de l’enseignement et des cultures : l’enseignement des sciences doit toujours être positionné dans un contexte historique, philosophique et économique. En densifiant le contexte d’une pensée on comprend mieux les facteurs de son émergence.

La culture et l’enseignement sont des domaines qui ne peuvent s’enrichir que par l’ouverture et c’est cette posture qui doit être à l’œuvre dans toute mesure.

Exemple : Développer l’open data dans le monde de la recherche, non seulement scientifique, mais aussi sociale, philosophique, psychologique, pour favoriser les croisements et mises en commun d’intelligence. Proposer des listes types d’API (Application Programming Interface) pour les institutions européennes afin d’uniformiser l’accès à leurs informations.

Formaliser la gestion des risques et de la continuité.

[OS-OTO]

D’un point de vue organisationnel, la gestion des risques constitue un sous-processus du processus de gestion de la sécurité qu’assure un fournisseur en phase de conception d’un service (ITIL V3). Ce dernier va généralement de paire avec les processus de gestion de la disponibilité, de la capacité et de la continuité.

Quel que soit le processus, la mise en oeuvre d’exercice et de tests est une nécessité pour établir de la fiabilité des mesures prises (c’est une exigence des Plan de Continuité d’Activité). Or, à ma connaissance, seuls les Etats-Unis s’étaient exercés à une pandémie et avaient ainsi pu identifier certaines de leurs faiblesses en cas de crise.

De plus, la gestion de la sécurité, en entreprise, s’incarne généralement par des comités où toutes les business unitssont représentées et qui rapportent directement à la gouvernance, pour s’assurer qu’elle puisse toujours piloter de manière éclairée.

S’ils ne le sont pas déjà, de tels comités devraient régulièrement être tenus au sein des gouvernements : L’objet serait que chaque ministère fasse part des difficultés qu’il identifie vis-à-vis de la sécurité de son activité et qu’on expose les politiques pressenties pour l’avenir, afin qu’elles soient confrontées aux différentes perspectives.

Ces comités pourraient édicter une liste de risques de bases que les assurances devraient couvrir en fonction de la situation sanitaire, sociale, économique, etc; au niveau nationale, européen ou mondial. Cette liste pourrait, dans un premier temps au moins, ne pas être réglementaire, mais au moins diffusée publiquement. Elle permettrait déjà au chef d’entreprise de confronter son assureur lorsqu’il étudie un contrat pour se couvrir contre la perte de chiffres d’affaires.

L’Europe !

[OS-OTO] [OS-BIO] [OS-ECO]

La France ne peut plus faire face seule à certains enjeux dans un monde globalisé. En tout cas, pas tant que des superpuissances feront passer leurs ambitions propres avant celles de la Terre (que ce soit l’America First, l’opacité chinoise ou les campagnes de désinformation russes). La crise doit être perçue comme une opportunité pour rappeler les fondements l’Union Européenne.

En effet, lorsqu’on aborde des problématiques de portée mondiale, telles que l’écologie, le simple niveau national est insuffisant. Ces mesures n’ont réellement de sens que si elles sont appliquées à l’échelle des continents. Si la France s’engageait à ne plus émettre de dioxyde de carbone, la planète en serait certainement flattée mais sûrement peu impactée.

Une part du peuple en a déjà conscience, en démontre les résultats des Verts aux dernières élections européennes : lorsqu’on vote au niveau national, on pense à nos impôts, lorsqu’on vote au niveau européen au pense à la planète.

L’Europe est incontournable lorsqu’on traite un sujet dont l’ampleur est mondiale ou lorsque les besoins de financement dépassent le réalisme à l’échelle d’une nation (voir Politique numérique et informatique). Elle doit être réaffirmée comme une source de richesse culturelle mais aussi comme association nécessaire à l’influence des Etats membres sur un marché économique globalisé. Et si l’Europe n’a pas suffisamment joué son rôle de liant, il faut le reconnaître, mais comprendre et présenter les causes des frictions pour s’attacher à les résoudre.

Formaliser un bilan de crise au niveau Européen.

Il est important que tout le monde au sein de l’Union, gouvernements comme habitants, comprenne que si un Etat souffre trop profondément des effets d’une crise, toute l’Union sera responsable de l’aider à se relever : toute la zone doit maîtriser le déficit induit et assurer une relance de son économie à l’issue de la crise. C’est donc conjointement qu’il faut faire état des forces et faiblesses des différentes localités pour établir comment elles pourront, à l’avenir, se compléter.

Mettre en commun les bilans de gestion de crise des différents Etats-membres, puis partager la connaissance des succès, comme des échecs et de leurs causes identifiées. 

  • Etablir des programmes de transferts de connaissance entre les Etats les plus doués dans des domaines identifiés (production textile, application des mesures par la population, etc.) et ceux qui ont le moins réussis. Des référentiels de bonnes pratiques européennes, qui feront peut-être un jour réglementation, en matière de gestion de crise pourrait être édités. Ils serviraient de support à une gestion centralisée des crises mondiales au niveau de l’Europe pour assurer la coordination des Etats.

Assurer l’autonomie des nations européenne par la fédération d’activité des Etats membres pour que les forces des uns complètent les carences des autres.

  • La résilience des services d’importance vitale doit être assuré par le gouvernement d’une Nation. Or, l’Europe peut permettre la mise en place de dispositif de secours par l’externalisation de la production de certains services ou produits dans des pôles de compétences délocalisés. Le tiers ne sera évidemment de confiance que si l’Europe apprend à devenir réellement solidaire.
  • La mise en place de plans de continuité d’activité des Etats peut être facilitée par des accords européens, en répartissant les responsabilités au sein des Etats. 
    • Peut-être sous la forme de contrat d’assurance : on paye régulièrement pour assurer la mise à disposition d’un service en cas de besoin. 
    • Afin de disposer de circuits de production/distribution de biens ou d’énergie résilients, étudier l’opportunité économique, écologique et démocratique de se fournir auprès d’autres Etats en temps normal, pour favoriser le commerce au sein du continent, et préserver les infrastructures souveraines, testées régulièrement, pour assurer notre service en cas de crise.

Développer la continentalité Européenne.

Comme ses nations, l’Europe s’incarne par des citoyens. Il faut renforcer le sentiment européen au delà du concours de l’eurovision. Il faut qu’à l’instar de la nationalité, la continentalité puisse devenir une fierté.

Avant de se matérialiser en papier légaux, type passeport ou carte d’identité, le sentiment d’appartenance s’acquiert, à nouveau, par la densification et la diffusion d’une culture. Et, cette culture repose avant tout sur le langage (« Les identités meurtrières », Amin Maalouf). Et parce que l’Union Européenne n’est qu’une création artificielle pour répondre à des besoins de mondialisation, elle ne doit pas supplanter l’ensemble des cultures qui s’accordent à lui donner corps. Elle doit simplement favoriser l’échange pour que les unes se complètent des autres. Et, si l’uniformisation que nous appellerions Europe prenait, elle ne serait pas une uniformisation par réduction mais par augmentation. On n’essaierait pas de diffuser l’espéranto qui tendrait à écraser les fondations des cultures existantes, mais on s’assurerait que tous les collèges d’Europe aient une « section européenne », où les élèves apprennent plusieurs langues de l’Union. Ce qui, au-delà de favoriser l’échange économique de demain, accroît la plasticité du cerveau des têtes blondes ou brunes. Peut-être serait-il même judicieux de commencer par apprendre le roumain, pour faciliter l’apprentissage des différentes langues qu’on y retrouve. Mais je pense que ce serait trop progressiste pour un électorat conservateur…

Il est à noter que, si un jour une économie de la connaissance devait prendre forme, la notion de connaissance globale ne pourrait croitre que par ce type d’échanges : le partage des points de vue et la multiplicité des perspectives, comme évoqué dans les chapitres précédents. On agrémente une culture par une autre, plutôt que de tenter d’en imposer une nouvelle. Mais je ne fais pas refaire l’histoire de l’occident…

Renforcer la réglementation liée à la production et la distribution de produits de consommation éco-responsable.

  • Augmenter les charges appliquées à tous les circuits de production et de distribution qui ne respectent pas le vivant : les espaces d’élevage en batterie, les supermarchés qui en vendent, etc.
  • Aider les entreprises qui pivotent vers des modes de production/distribution éco-responsable jusqu’à ce qu’elles atteignent une nouvelle stabilité.
  • Comme le disent les « associations écolo » : « le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas ». Le recyclage induit nécessairement dispersion d’énergie. Il faut développer la pratique du vrac en continuant d’interdire les contenants jetables. A terme, je dois aller au Mac Do avec mon tupperware. Sinon je dois payer un supplément pour qu’ils m’en vendent un qui respecte les normes CE.
  • Mettre en place des lignes de transports écologiques (type ferroroutage) qui assureraient une réduction des charges aux entreprises qui les mettent en place. 
  • Développer les labels et sensibiliser régulièrement les gens à ces derniers. Il faut qu’ils soient intégrés aux cursus d’éducation européenne, car dans une économie mondialisée, il est important de savoir reconnaître ce qu’on consomme.
  • Doubler toutes les poubelles publiques, recyclage et autres-déchets, pour que les déchets emballages, dorénavant recyclables des ventes alimentaires à emporter puissent être directement triées.

Développer des accords avec les pays émergent plutôt qu’avec les acteurs classiques.

La problématique de créer des liens avec des puissants, en tout cas avec les puissants actuels, c’est qu’il n’intègrent ces alliances que pour les faire dévier dans leur direction. S’il ne parviennent pas à faire plier une Organisation Internationale, ils appliqueront tout de même leurs mesures. L’Europe devrait essayer de créer de nouvelles alliances avec des pays émergents, pour les aider à se développer et permettre de varier les canaux d’import/export dans la poursuite du bien commun, et dans l’optique d’une résilience diplomatique des circuits d’import-export (on ne doit pas dépendre d’un seul pays pour la fourniture d’un bien commun).

  • Multiplier les coopérations avec les régimes émergents, et « unir le petit bassin méditerranéen autour d’objectifs communs » (Programme des insoumis aux dernières présidentielles).
  • Donner à ces nouvelles alliances une importance médiatique aussi importante que pour les anciennes.

Risques pressentis et leviers de financement

[OS-BIO] [OS-ECO]

On veut que les gens consomment moins de viandes et les restaurants carnivores risquent de rester fermés pendant quelques temps. L’urgence écologique est attestée, mais les publicités pour les voyages low cost en avion continuent de pulluler dans le métro.

Certains marché sont condamnés à moyens termes si une prise de conscience s’opère. L’Etat doit se préparer à faire face à la remise en activité des citoyens qui seront directement touchés et qui refuseront certainement de comprendre les raisons de leur condamnation.

Cette remise en activité doit s’intégrer à une planification de l’essor des marchés que l’on souhaite dorénavant promouvoir : Le biologique et le développement durable pour l’agriculture, la souveraineté numérique à l’échelle européenne dans les domaines de l’informatique, la relocalisation des circuits de production ; la protection de l’environnement ; etc.

Il existe dans les pensées encore marginales, et souvent progressistes, mille manières de réduire les coûts et de générer du bénéfice si l’on accepte de s’opposer aux conservateurs du vieux monde.

La légalisation des drogues. 

Commençons par le cannabis. La France est l’un des plus gros marché, et les bénéfices potentiels sont immenses. A l’inverse d’un alcoolique, le fumeur devient plus doux, il oublie ses automatismes et ses connexions synaptiques ne sont qu’inhibées au lieu d’être détruites. Et puis cela permettrait le développement de nouveaux flux d’import-export avec l’Espagne ou le Portugal, ou bien ça officialisera des canaux existants mais actuellement illégaux. Les go fast respecteront peut-être les limites de vitesses…

Actuellement, la médecine s’intéressent grandement à l’usage des psychotropes et il serait bon d’être précurseur. Simplement parce que ces substances permettent d’offrir à un individu cette multiplicité des perspectives tant évoquée dans les chapitres précédents. C’est d’ailleurs pour ça que beaucoup dans la Sillicon Valley pratiquent le micro-dosing.

Et puis, une interdiction stricte n’incarne qu’un refus de gestion. On ne maîtrise pas finement quand on interdit, on s’empêche juste de voir et de contrôler les réseaux de production et de distribution qui persistent.

Proposer des aides pour l’exploration de médecines alternatives prometteuses. 

Depuis quelques années, les médecines alternatives qui font leur preuve proposent des pratiques en harmonie avec le vivant, ne nécessitant pas de production de biens technologiques complexes, au grand dam de l’industrie de la santé. C’est l’exemple du jeûne ou du dépistage du cancer par des chiens. Ces deux exemples, s’ils peuvent faire sourire la médecine traditionnelle incarnent ce que les techniques devraient toujours tendre à faire : utiliser les fonctions déjà présentes dans la nature pour répondre à un besoin au lieu d’inventer des technologie censées y répondre. Il faut s’engager dans les sciences de la vie.

Encore une fois, les marges sont pleines de ressources mais le bruit lié à l’expression des masses, celui des organismes qui les contrôlent et refusent de les libérer, noient l’infinité des perspectives dans la pérennité d’un seul système néfaste. 

Conclusion

Le monde de demain ne doit pas être celui tourné vers l’humain, il doit être celui de la vie, de celle qui naît d’un cycle. L’humain est un état fini alors que nous pourrions rêver l’infini mouvement d’un processus itératif. 

Les recommandations pratiques doivent incarner l’affirmation d’une éthique de vie commune. Et si cette dernière vise à l’harmonie avec le vivant, alors il faut anéantir l’ego, à l’instar des soufis, pour être capable de se projeter dans l’autre, de partager son point de vue. C’est la base même des approches pluridisciplinaires qui pourraient permettre, sur un même sujet, de taquiner la diversité des facettes qui forment les objets du si complexe monde anthropocène. 

La question à laquelle doit aujourd’hui répondre le gouvernement est donc plutôt : comment mettre en place un partage d’une éthique co-construite qui devra subsister à l’alternance inévitable des partis au pouvoir et inspirer les actes de toutes les entités d’une société, de ses individus à ses institutions ?

Massimo

IT + culture = <3